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LANGUES
ET CULTURES RÉGIONALES
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Rapport
de Monsieur Bernard Poignant Maire de Quimper - A Monsieur Lionel Jospin
Premier Ministre
|
INTRODUCTION
I
- INVENTAIRE DES LANGUES RÉGIONALES
II
- LA FRANCE, LE FRANÇAIS, LES FRANÇAIS, LEURS LANGUES ET
CULTURES RÉGIONALES
A)
L'Etat-Nation
B)
L'Etat-Nation et sa diversité
et linguistique et culturelle
C)
Les évolutions législatives et réglementaires
III
- LA SITUATION ACTUELLE DANS L'ENSEIGNEMENT
A)
Rappel des textes
B)
Les résultats de cette
politique
IV
- CULTURE ET MÉDIAS : CONSTATS
V
- LES PRINCIPES QUI GUIDENT LES PROPOSITIONS
VI
- LES PROPOSITIONS EN APPLICATION DES PRINCIPES
A)
Le cadre institutionnel
B)
L'enseignement public
C)
Enseignement associatif
D)
Cultures et médias
E)
La Charte européenne
des langues régionales ou minoritaires
1 - Les objectifs et les principes de la Charte
2 - La Charte et la Constitution française
3 - Propositions pour la Charte
CONCLUSION
Annexe
: extrait de la Charte européenne des langues Régionales
ou minoritaires
INTRODUCTION
:
Vous
m'avez demandé de poursuivre le travail que vous aviez confié
à Madame Nicole Péry aujourd'hui Secrétaire d'État
à la formation professionnelle.
Sa
mission a été précisée dans une lettre que
vous lui avez adressée le 29 octobre 1997 dans les termes suivants
:
" Les
langues régionales sont une richesse de notre patrimoine culturel.
J'ai tenu à affirmer cette conviction récemment devant l'assemblée
parlementaire du Conseil de l'Europe. Le temps est, en effet, révolu
où l'État pouvait considérer que l'enseignement de
ces langues était de nature à menacer l'unité national.
Si,
comme le prescrit aujourd'hui notre Constitution, "la langue de la République
est le français", il reste encore à donner à l'enseignement
des langues régionales toute la place qui doit être la sienne.
Aussi ai-je décidé de vous confier, en vertu de l'article
L.O. 144 du Code Électoral, une mission temporaire auprès
de moi-même. Cette mission aura pour objet de faire un bilan exhaustif
et objectif de l'enseignement de ces langues et de faire toutes propositions
sur l'évolution du dispositif.
La
situation de l'enseignement de ces langues est sans doute mal connue, contrastée
suivant les régions et insuffisamment mise en valeur en dépit
de la politique volontariste menée au cours de ces dernières
années.
La
multiplicité des intervenants dans ce domaine (enseignement public,
enseignement privé associatif, enseignement privé confessionnel)
soulève des difficultés quant à la lisibilité
des dispositifs d'enseignement et à l'utilisation des moyens financiers
qui sont consacrés à ceux-ci.
Je
souhaite en conséquence que vous dressiez un état des lieux
avec ses points forts et ses points faibles. A partir de ce bilan, il vous
appartiendra de formuler toute proposition permettant d'assurer le développement
harmonieux et concerté de l'enseignement de ces langues, tout en
tenant compte des impératifs budgétaires.
Par
ailleurs, voire réflexion ne devra négliger ni les aspects
institutionnels, ni les aspects culturels de la question. A cet égard,
il me parait souhaitable d'examiner de quelle manière les missions
assignées au Conseil national des langues et cultures régionales,
qui ne s'est pas réuni depuis longtemps, pourraient être réaffirmées
voire renforcées. Un rapprochement avec le Conseil supérieur
de la langue française pourrait aussi être envisagé.
De même, cette réflexion doit prendre en compte la dimension
culturelle de ces langues afin de mieux assurer leur diffusion hors du
domaine de l'enseignement.
Pour
votre mission, vous pourrez compter sur le concours des services du ministère
de l'Éducation Nationale, de la recherche et de la technologie et
du ministère de la culture et de la communication. J'attacherai
du prix à ce que ce rapport puisse être déposé
à la fin du mois d'avril 1998 et je souhaite disposer d'un rapport
d'étape pour décembre 1997 portant sur les seuls aspects
institutionnels évoqués ci-dessus."
Madame
Nicole Péry vous a remis ce rapport d'étape en février
1997. Il rassemble toute la documentation et les informations nécessaires.
Il dresse l'état des lieux comme vous l'avez demandé, en
quatre chapitres :
*
La situation des langues et cultures régionales,
*
Les aspects institutionnels les concernant,
*
L'enseignement et la formation,
*
La culture, les médias, la création, la diffusion.
Il
résume toutes les rencontres qu'elle a organisées pour écouter
les acteurs concernés, notamment dans le secteur associatif. Il
formule des analyses et les premières propositions. Son travail
a été considérable. Elle a effectué de nombreux
déplacements dans les Régions. Je la remercie vivement pour
avoir largement exploré l'objectif de la mission. Son travail me
permet de présenter les conclusions du rapport.
Je
remercie également monsieur Jean Geoffroy, Inspecteur général
de l'administration de l'Éducation Nationale qui m'a assisté
pour tout ce travail.
Beaucoup
d'associations et de personnalités ont souhaité me rencontrer.
Toutes ont pu le faire. Je les remercie aussi de leurs contributions et
des échanges menés ensemble.
J'ai
enfin relu de nombreux courriers de collectivités territoriales,
de syndicats, d'associations ou de particuliers. Tous ont fait l'objet
d'une lecture attentive. 
I
- INVENTAIRE DES LANGUES RÉGIONALES
Il
est d'abord nécessaire de préciser l'objet de l'étude
pour lever toute ambiguïté et bien situer les enjeux. D'une
manière générale, on entend par "langues régionales"
selon l'appellation retenue par la loi Deixonne de 1951, les langues de
culture de la République autres que le français. Le qualificatif
"régionales" les différencie des langues vivantes étrangères
(1).
Sur
le territoire de la métropole et outre-mer, il est ainsi possible
de répertorier :
-
L'alsacien-mosellan. Cette formulation, qui présente l'intérêt
de situer l'aire de diffusion de la langue en question, ne rend pas compte
cependant de la répartition territoriale des variétés
linguistiques en usage dans les académies de Strasbourg et de Nancy-Metz
: l'alémanique et le francique. En fait, la forme écrite
retenue pour l'enseignement de la langue est ici l'allemand. Il est à
noter que l'alsacien, en tant que dialecte germanique spécifique
cette fois, fait l'objet d'une mention au C.A.P.E.S. d'allemand.
-
Le basque. La zone bascophone correspond au tiers sud-ouest du département
des Pyrénées-Atlantiques, dans l'académie de Bordeaux.
Elle prolonge l'aire d'extension du basque en Espagne où cette langue
bénéficie d'un statut d'officialité. L'enseignement
du basque se développe également dans le périmètre
urbain de Bayonne, en plus des sites des trois provinces basques (Labourd,
Soule, Basse Navarre).
-
Le breton. Il est parlé et enseigné dans la partie occidentale
de la Bretagne. Le breton fait également l'objet d'un enseignement
dans plusieurs villes de la partie non bretonnante de l'académie
de Rennes, dans le département de la Loire Atlantique et à
Paris.
-
Le catalan. Il occupe la quasi totalité du département des
Pyrénées-Orientales, dans l'académie de Montpellier.
En France, son usage tire profit du dynamisme linguistique de cette langue
dans la péninsule ibérique où ses intérêts
sont protégés par la Constitution espagnole et l'action du
gouvernement catalan.
-
Le corse. Longtemps considéré comme une forme dialectale
de l'italien, le corse est la seule des langues en métropole à
bénéficier d'un statut particulier, lui-même étroitement
lié au statut administratif de l'île. Cela explique qu'il
n'apparaît pas sous la rubrique "Langues Régionales" dans
les textes qui régissent les concours de recrutement, mais en tant
que "langue corse". En dehors de la Corse, des enseignements sont assurés
dans les académies d'Aix-Marseille, de Nice et de Paris.
-
Les créoles. Ils sont parlés dans les départements
d'Outre-mer. Ils sont la langue maternelle la plus répandue sur
le territoire de la République. Guyane, Guadeloupe, Martinique,
Réunion, ces quatre départements rassemblent un très
grand nombre de locuteurs créolophones.
-
L'occitan. Cette appellation a été retenue dans la nomenclature
établie par la loi Deixonne. Les académies concernées
par l'enseignement de l'occitan sont les suivantes : Nice, Grenoble, Aix-Marseille,
Clermont-Ferrand, Montpellier, Toulouse, Limoges, Bordeaux et, pour une
faible partie, Poitiers. Cette langue est également parlée
et enseignée en Espagne (au Val d'Aran où elle bénéficie
d'un statut officiel) et dans un certain nombre de vallées italiennes
des Alpes. Parmi les langues régionales, l'occitan se caractérise
par son extension géographique, de loin la plus importante ramenée
au territoire français, et par une production culturelle - en particulier
littéraire - au prestige certain, à la fois très ancienne
et vivace.
-
Le Néerlandais, implanté sur la frange flamande du département
du nord, ne figure pas aujourd'hui sous l'étiquette "langue régionale"
; il fait toutefois l'objet d'une épreuve spécifique dans
le cadre du C.A.P.E.S. d'anglais.
-
l Les langues vernaculaires des territoires français du Pacifique
: les langues polynésiennes (le tahitien) et mélanésiennes
(les langues kanak) bénéficient de situations particulières
liées aux différents statuts des territoires.
-
Les langues d'oïl, langues utilisées au Moyen-Age par les seigneurs
de ces régions, étaient aussi langues de large communication
sociale en milieu rural. Ces langues proprement dites ont disparu et les
parlers actuels ont été largement influencés par le
français. Leurs locuteurs sont aujourd'hui peu nombreux, mais un
réveil culturel s'organise autour de l'université. Les parlers
d'oïl tels que le picard (au nord), le gallo (à l'ouest), le
poitevin, le saintongeais, le normand, le morvandiau, le champenois, d'autres
encore constituent autant de formes régionales du français.
Dans certains établissements, ils bénéficient d'un
horaire spécifique sous la rubrique - langues régionales
". Cette appellation rend compte alors des modalités administratives
de leur enseignement tandis que leur étude s'articule évidemment
sur celle du français, langue de référence et de communication
dans toutes ces configurations.
-
Le cas du franco-provençal, parfois appelé savoyard, variété
charnière entre le français et l'occitan, qui concerne les
académies de Lyon et de Grenoble, est comparable à celui
des parlers d'oïl.
****
La
force de chacune de ces langues régionales appelées aussi
langues historiques de la France, leur pérennité dépendent
à la fois de leur distance linguistique par rapport au français,
d'une résistance historique et de leur implantation géographique.
Certaines,
comme le basque ou flamand-néerlandais, le catalan, l'alsacien et
sa forme écrite l'allemand sont des "langues transfrontalières".
Elles sont largement soutenues par les régions et pays voisins où
le nombre de locuteurs est très important. Régionales en
France, elles permettent à des habitants de pays différents
de se comprendre. Dans ce cas, il est aujourd'hui évident que l'union
européenne alimente la volonté de perpétuer la connaissance
de la langue si elle favorise échanges et relations en deçà
et au-delà de la frontière.
D'autres,
comme le corse, les créoles, les langues polynésiennes et
mélanésiennes sont des "langues insulaires". Leur insularité
les a maintenues comme langues de communication dans la vie privée
et sociale.
D'autres
ont des traits géographiques différents : le breton est parlé
dans la moitié occidentale de la Bretagne et est séparé
des autres langues celtiques de l'ensemble européen par les mers.
Les
langues d'Oïl sont devenues des français régionaux et
l'occitan reste une langue parlée par de nombreux habitants du pays
sur une aire géographique étendue.
Sont
exclues du champ de ce rapport les langues non "territorialisées"
et parlées par des populations étrangères ou françaises
d'origine étrangère de la première ou de la deuxième
génération. Ces langues relèvent du statut actuel
des langues étrangères.
II
- LA FRANCE, LE FRANÇAIS, LES FRANÇAIS, LEURS LANGUES ET
CULTURES RÉGIONALES
A)
L'Etat-Nation
C'est
une histoire sensible, chargée de passions, de tensions et même
de violences. La France est un Etat-Nation dont la naissance puise ses
racines dans la monarchie, l'empire avant que ne s'installe la République
une et indivisible.
Son
territoire métropolitain est fait de conquêtes, d'annexions,
de guerres, de révolutions, de territoires perdus et reconquis,
de mariages monarchiques, etc.
Il
se prolonge outre-mer par les territoires issus de la période coloniale
et demeuré dans la République.
Dans
chaque région concernée, il subsiste des blessures, même
si très tares sont les Français qui remettent en cause le
principe de l'unité nationale. C'est notre réalité,
notre passé. Il ne servirait à rien de chercher à
faire de la France une copie de l'Allemagne, de l'Italie, de l'Espagne
ou du Royaume Uni. Ce dernier pays ouvre en ce moment de nouvelles pistes
avec ses réformes institutionnelles en Écosse et au Pays
de Galles sans oublier l'accord irlandais qui prévoit un chapitre
sur la langue. Évidemment, l'extension et l'obligation de la langue
française ont été au coeur de la construction de notre
pays. Le français a été souvent la langue du combat
républicain, de la devise nationale comme celle de la promotion
sociale et de l'égalité des chances. Il a été
la langue de la liberté.
Il
est vrai que ce développement du français s'est fait au détriment
d'autres langues. Il est vrai que l'État a appliqué des méthodes
qui ont été à l'encontre des réalités
linguistiques des populations, de leurs traditions et de leurs cultures
aussi.
Encore
faut-il regarder sans anachronisme cette période de naissance de
l'école républicaine. Le livre de Jean-François Chanet
"l'École républicaine et les petites patries" (2)
préfacé par Mona Ozouf, démontre que le premier objectif
n'était pas de faire disparaître les langues régionales.
Il était de faire apprendre la langue française à
tous. Il était de faire de chaque français un républicain,
un enfant de 1789. Des forces se sont opposées à cet objectif,
notamment dans l'église. La langue parlée par le peuple s'est
trouvée au centre de ce combat. Prise en otage, victime de cette
bataille essentielle, elle en a fait les frais dans certaines régions.
Mais on ne trouve aucune trace de volonté d'anéantir les
langues régionales dans les discours de Jules Ferry à la
Chambre des Députés. De la même façon, le dictionnaire
de l'enseignement primaire de Ferdinand Buisson ne prône pas une
telle disparition. Écrivant cela, il ne s'agit pas de passer sous
silence les méthodes d'interdit brutal de pratique de la langue
régionale ou certaines déclarations ministérielles
de l'époque faites à l'emporte-pièce. Il reste une
mémoire de cette période et de ces pratiques dans le conscient
ou l'inconscient collectif des populations. Être puni pour parler
sa langue ne peut pas être soutenu.
Mais
je suggère de revenir à cet esprit initial et de relire les
termes de la circulaire de Jules Ferry du 23 septembre 1880 :
"Pour
que l'école se fasse aimer et apprécier de tous, il faut
qu'elle s'approprie aux convenances locales, qu'elle se plie aux circonstances
et aux traditions, qu'elle joigne à la fixité qu'elle doit
garder dans ses caractères essentiels comme institution nationale
la souplesse et la variété dans les formes secondaires, sans
lesquelles elle cesserait d'être une institution vraiment communale.
Aussi convient-il que chaque conseil départemental reste maître
d'adopter pour son ressort, sous réserve de la sanction du conseil
supérieur, toutes les mesures qui, sans être contraires aux
règles communes, lui paraîtront répondre à des
besoins particuliers ".
Trente
ans plus tard, en octobre 1911, un autre homme politique, Jean Jaures,
restait fidèle à cet esprit :
"Il
n'y a pas de meilleur exercice pour l'esprit que les comparaisons (entre
la langue occitane et la langue française) ; cette recherche des
analogies et des différences en une matière que l'on connaît
bien est une des meilleures préparations à l'intelligence".
Cette
histoire s'est accompagnée de la mise en place d'un état
centralisé au point qu'aujourd'hui, il y a encore une confusion
importante dans les mots. Quand on dit "républicain" certains entendent
"jacobin", quand on dit "État", certains entendent "Paris". Il arrive
que la langue française soit associée à cette confusion.
Faut-il renier toute cette histoire ? Faut-il s'excuser de son résultat
? Évidemment, a posteriori, il est aisé de dire que d'autres
méthodes étaient possibles. Ces méthodes ont été
prônées par des maîtres qui les appliquaient aux débuts
de l'école publique obligatoire. Ils en ont vite été
dissuadés par l'interdiction réglementaire et les rappels
à l'ordre permanents des Inspecteurs d'Académie. Mais il
n'existe pas de machine à remonter le temps, ni d'appareil pour
refaire l'histoire.
L'historien
Maurice Agulhon a étudie l'évolution de la conscience nationale
et de la conscience régionale aux XIXeme et XXeme siècles.
Il a analysé la responsabilité de l'État, de la République
et de son école dans le déclin ou la disparition des langues
régionales. Il lui préfère "la responsabilité
de la métamorphose économique récente par laquelle
les anciens genres de vie disparaissent et avec eux les faits culturels
dont ils étaient le support". Et il ajoute : "Le discours du régionalisme
nationalitaire répartit mal ses coups entre les cibles possibles
: trop de coups contre la République, pas assez contre le capital"
(3).
Les
valeurs et les réalisations de la République Française
sont une fierté pour nous tous. Elles donnent à la France
son originalité sur la scène internationale. Elles sont regardées
par les pays qui s'éveillent à la démocratie. C'est
un idéal auquel les citoyens se réfèrent et s'accrochent
dès lors qu'ils constatent des écarts par rapport aux principes
qui le sous-tendent. Au début d'un tel rapport, il est primordial
d'affirmer que la République est notre bien commun et que la langue
française est notre langue commune.
B
) L'Etat-Nation et sa diversité linguistique et culturelle
Nos
langues et cultures régionales sont aussi notre patrimoine commun,
une partie du patrimoine de l'humanité. Aujourd'hui, la République
ne respecterait pas ses propres principes si elle n'était pas attentive
aux demandes, aux attentes, à la vie de ces langues et cultures
qui existent sur son territoire, en métropole comme outre-mer. Notre
pays aime protéger ses monuments et ses oeuvres artistiques. Il
a mis en place des structures administratives, formé et recruté
des fonctionnaires pour cela. Il doit porter la même attention à
son patrimoine linguistique et à sa diversité culturelle.
Cela relève de son devoir. Il est comptable de la vie de ces langues
sur son territoire. Pourtant, la France a pris beaucoup de retard. Il a
la responsabilité de les sauvegarder, de les transmettre, de les
développer. Ne rien faire serait choisir leur disparition, au moins
leur effacement. Cette disposition serait contraire à de nombreux
textes internationaux.
Notre
pays s'est engagé dans un double mouvement qui secoue l'Etat-Nation
lui-même : la construction de l'union européenne depuis la
seconde guerre mondiale, la décentralisation depuis 1982. Ce choix,
même, délibéré, confirmé par le peuple
en 1992 pour l'Europe, adopté par le Parlement en 1982 pour la décentralisation,
implique des conséquences dans le domaine qui nous concerne.
Un
Conseil Général qui cesse d'être dirigé par
le Préfet, un Conseil Régional élu au suffrage universel
aujourd'hui dans le cadre départemental, demain dans le cadre régional,
peuvent vouloir le respect d'abord. Le développement ensuite, d'une
langue parlée par la population, par des électeurs, sur son
territoire. Il ne faut pas s'étonner de cette montée de la
demande linguistique et culturelle. Beaucoup de collectivités territoriales
ont déjà engagé des politiques en ce sens. Cela n'empêche
pas de reconnaître qu'il faut disposer d'une grande langue internationale.
C'est la langue française qui, pour nous, remplit cette fonction.
Il n'y a aucune contradiction entre les deux.
Devenant
de plus en plus européen, comment s'étonner qu'un français,
vivant près d'une frontière, ne soit pas encouragé
à parler sa langue régionale si elle lui permet de trouver
un travail dans le pays voisin, d'y nouer ou renouer des amitiés,
de s'y promener ou d'y acheter ? L'exemple de l'Espagne est frappant pour
cela : personne ne s'y référait tant que la dictature franquiste
étouffait les libertés. Dès que la démocratie
s'est installée, dès qu'elle a rejoint l'Union Européenne
en 1985, l'organisation administrative et territoriale en provinces autonomes
du pays s'est vue comparée avec celle de notre France centralisée
Basques et Catalans ne s'y sont pas trompés.
J'ajoute
un dernier trait qui touche la vie politique, économique et sociale
depuis 25 ans, depuis le début de la "crise" : l'État lui-même
a souvent affirmé qu'une des réponses est à trouver
dans le développement local, dans la démocratie de proximité.
Un slogan a longtemps connu le succès : "Vivre, décider,
travailler au pays". De la même façon, le thème
de l'environnement ne se comprend qu'au regard de cet ancrage local. Cette
valorisation du "local" et de la proximité réveillait forcément
et encourageait la revendication régionale.
Le
moment est donc venu de bâtir une politique cohérente et suivie
en matière de langues et cultures régionales, les militants,
les acteurs, les passionnés de cette cause l'attendent.
La
langue française n'en souffrira pas et ne doit pas en souffrir.
La
promotion d'une langue régionale ne peut pas signifier la régression
de la langue parlée par tous. Le français est bien installé,
bien ancré sur le territoire de la République. Il n'est pas
menacé. Son problème est sa place dans le monde, dans les
instances internationales et même européennes, dans les rencontres
des chercheurs, les échanges intellectuels et artistiques, les relations
industrielles, commerciales et financières. Une politique hardie
pour les langues et cultures régionales mérite d'être
accompagnée par un grand projet pour la francophonie. Dans le grand
concert de la mondialisation de l'économie, de la circulation des
hommes, des biens et de l'argent, de la progression vertigineuse des sites
Internet, méfions-nous que notre langue française ne devienne
une langue "régionale" à l'échelle planétaire.
Langue française et langues régionales sont des langues amies
à l'intérieur et alliées à l'extérieur
pour le rayonnement de la France. La culture française n'est pas
que la culture de langue française. Le "cheval d'orgueil" de Pierre-Jakès
Hélias (4) a été traduit dans de
nombreuses langues dans le monde entier. Le prix Nobel de Frédéric
Mistral en 1904 a rejailli sur le pays tout entier. En cette année
1998, la journée de la culture française à l'exposition
universelle de Lisbonne a fait une large place aux spectacles en langues
régionales. Tout cela, c'est la France dans ce qu'elle a d'énergie
créatrice et de rayonnement universel.
La
République non plus n'est pas menacée. Si elle l'est, il
faut alors regarder vers des mouvements politiques plutôt que vers
les mouvements linguistiques. Ne laissons pas aux premiers, dès
lors qu'ils sont extrémistes, la possibilité de promouvoir
une identité régionale qui serait ethnique, repliée
et fermée aux autres, selon le même schéma prôné
pour l'identité nationale. Ne vivons pas la présence d'une
langue régionale comme une atteinte à la souveraineté
: à un moment où la France accepte d'abandonner sa monnaie,
elle peut accepter le breton ou le catalan... sans craindre de perdre son
unité linguistique.
****
Les
déclarations ne manquent d'ailleurs pas depuis quelques dizaines
d'années. Elles ont montré d'importantes évolutions
dans les esprits et conduit à des décisions et à des
mesures qui ont déjà changé les choses.
François
Mitterrand, le 14 mars 1981 à Lorient, annonçait son choix
"Le
temps est venu d'un statut des langues et cultures de France qui leur reconnaisse
une existence réelle. Le temps est venu de leur ouvrir grandes les
portes de l'école, de la radio et de la télévision
permettant leur diffusion, de leur accorder toute la place qu'elles méritent
dans la vie publique".
A
cette déclaration, il ajoutait son souhait que la France cesse d'être
"Le
dernier pays d'Europe à refuser à ses composantes les droits
culturels élémentaires, reconnus dans les conventions internationales
qu'elle a elle-même signées".
Deux
mois plus tard, il devenait Président de la République.
**
Jacques
Chirac, le 29 mai 1996 à Quimper, lors de son premier voyage officiel
en Bretagne comme Président de la République, se déclare
ouvert à la signature par la France de la Charte européenne
des langues régionales ou minoritaires adoptée par le Conseil
de l'Europe à Strasbourg le 24 juin 1992 et ouverte à la
signature le 5 novembre 1992.
Cette
déclaration a été faite au dîner officiel qui
rassemblait autour du Président les 12 parlementaires du département,
le préfet du Finistère, le secrétaire général
adjoint de l'Élysée et le maire de Quimper. La presse s'est
largement fait l'écho de cette déclaration.
**
Lionel
Jospin, Premier Ministre, dans son discours au sommet du Conseil de l'Europe
en octobre 1997 a évoqué
"La
3eme dimension à laquelle aucun Européen ne saurait rester
insensible : la dimension linguistique et culturelle. A cet égard,
une longue tradition existe : celle qui a vu le Conseil de l'Europe développer
une politique de l'éducation et de la culture, créer des
structures à cet effet, lancer des campagnes de préservation
et de mise en valeur du patrimoine européen.
Plus
que jamais, en cette fin du XXeme siècle qui voit se développer
la mondialisation des échanges et la globalisation de l'économie,
l'Europe a besoin d'affirmer son identité qui est faite de la diversité
de son patrimoine linguistique et culturel. A cet égard, les langues
et cultures régionales méritent, de notre part, une attention
particulière : nous devons les préserver et les faire vivre.
Cette prise de conscience va de pair, à l'aube du troisième
millénaire, avec la maîtrise des nouvelles technologies de
l'information qui doivent respecter la diversité de nos langues
et de nos cultures mais aussi contribuer à la propagation de nos
valeurs communes : Éducation, démocratie, progrès
social".
Inaugurant
à Nouméa, le 4 mai 1998, le centre culturel Tjibaou, les
premiers mots du discours du Premier Ministre ont été les
suivants :
"Toute
culture porte en elle une part de singularité et une part d'universel.
Ses traditions, ses références, ses pratiques sont singulières.
Elle témoigne du peuple qui la porte et de son histoire. La connaissance
profonde d'une culture permet de saisir la dimension d'universalité
qui s'attache à elle.
Jean-Marie
Tjibaou nous transmet une double leçon. Il nous enseigne que tout
combat politique a une dimension culturelle. C'est le sentiment de la négation
de l'identité culturelle Kanak qui est à l'origine de sa
révolte".
**
Aujourd'hui,
elle est là, bien installée même si elle exige une
permanente éducation auprès des nouvelles générations,
solide même si le retour arrogant de forces hostiles cherche à
l'atteindre, à l'affaiblir et à la remettre en cause.
Aucune
langue, aucune culture régionale n'est en mesure ni ne veut lui
porter préjudice ou renoncer à ses principes. Depuis la fin
de la seconde guerre mondiale, plusieurs aspects et conflits de notre histoire
trouvent une issue ou une solution. Comme si la France tournait des pages
de son livre d'histoire.
La
question coloniale est réglée. Elle se rappelle encore à
nous à travers les accords de Nouméa de 1998 après
les accords Matignon de 1988. Les Français applaudissent.
La
question scolaire a trouvé son apaisement après deux convulsions
dans les deux camps. 1984 à Versailles pour l'enseignement privé
catholique ; 1994 à Paris pour l'enseignement public laïc.
Les Français approuvent cet équilibre obtenu.
La
question allemande ou franco-allemande est réglée. Depuis
le premier affrontement entre Charles Quint et François 1er et jusqu'à
1945, il y a eu 23 conflits guerriers franco-allemand. Le traité
de l'Elysée de 1963 entre nos deux pays, l'Union européenne
ont mis un terme à cette longue série. Les Français
approuvent cette paix assurée.
La
question cléricale ne se pose pas. La société, l'État
sont laïcs même s'il faut être toujours vigilant pour
qu'ils le restent et s'opposer à tous les intégrismes. Dans
notre pays, la menace n'est pas apparente ou imminente. Les Français
sont attachés à cet esprit de tolérance.
La
question de l'État trouve un nouvel équilibre. Il est moins
propriétaire de moyens de production et d'échange. Il s'est
engagé dans la double voie de la décentralisation et de la
déconcentration. Les Girondins et les Jacobins se disputent moins
qu'ils ne se complètent. Les français apprécient cette
évolution.
La
question de notre diversité linguistique est à inscrire dans
cette série. Elle a fait rouler moins de sang et mis moins de manifestants
dans la rue. Elle est un reliquat de notre longue marche vers l'unité
nationale et l'installation de la République.
A la
fin du XXeme siècle, elle attend une reconnaissance au plus haut
niveau. Le moment est venu de le faire.
III
- LA SITUATION ACTUELLE DANS L'ENSEIGNEMENT
A)
Rappel des textes
Un
examen des textes en vigueur permet de mesurer le chemin parcouru et d'apprécier
ce qui existe déjà, ce qu'il est possible de faire, ce qu'il
est utile de poursuivre.
C'est
donc après la deuxième guerre mondiale que la situation de
l'enseignement des langues régionales ou de leur utilisation dans
l'enseignement paraît mériter un traitement spécifique
puisque pour la première fois, une loi d'origine parlementaire énonce
quelques principes fondateurs.
La
loi du 11 janvier 1951 (Loi Deixonne), prolongée par différents
textes réglementaires fait passer l'enseignement des langues régionales
de la tolérance à une première forme de reconnaissance.
L'importance sémantique des titres donnés à ces textes
mérite d'être relevée :
la
loi du 11 janvier 1951 a pour objet "l'enseignement des langues et dialectes
locaux " d'ailleurs limités à quatre zones d'influence :
breton, basque, catalan et langue occitane. Il n'est question ni de culture
ni de patrimoine. Elle autorise les instituteurs à recourir aux
parlers locaux chaque fois qu'ils pourront en tirer profit pour leur enseignement.
Un
décret du 16 janvier 1974 étend au corse les dispositions
de la loi et un autre du 12 mai 1981, inclut le tahitien. Un dernier du
20 octobre 1992 l'étend aux langues mélanésiennes,
pour ce qui concerne l'ajië, le drehu, le nengone, le paicî.
Un
décret du 16 janvier 1974 modifie celui de 1962 relatif au baccalauréat
du second degré en introduisant une épreuve facultative de
langues régionales. Ce même texte dispose toutefois qu'il
s'agit des langues et dialectes locaux prévus antérieurement.
Rien
alors n'est réellement prévu pour former les maîtres
qui utilisent les langues régionales pour leur enseignement ou qui
l'enseignent aux élèves des lycées désireux
de passer l'épreuve facultative.
La
loi Deixonne a déclaré facultatif l'enseignement et engage
à créer des cours et stages facultatifs pour les élèves
des écoles normales d'instituteurs. Mais pour les enseignants du
second degré rien n'est prévu hormis leur propre volonté
de se former à ces langues à l'occasion des études
universitaires. Dans l'enseignement supérieur la possibilité
d'ouverture d'instituts d'études régionales est prévue,
comme est prévue la possibilité d'ouverture d'une épreuve
facultative au baccalauréat.
Déjà
est reconnue la diversité de développement des langues puisque
les universités concernées n'ont pas toutes reçu la
même mission.
Quand
Alain Savary arrive à la tête du ministère de l'Education
Nationale les constats sont aisés à faire :
- L'administration
centrale, ne connaît presque rien de l'enseignement des langues régionales.
Elle n'y porte pas un véritable intérêt.
- Dans
les académies, les situations sont différentes de l'une à
l'autre et parfois d'un département à l'autre. On sait par
exemple que dans l'académie de Strasbourg, les influences d'un inspecteur
général de l'instruction publique et des recteurs successifs
ont permis que se développe un enseignement du dialecte alsacien
alors même que les langues d'origine germanique parlées dans
l'est de la France n'avaient pas été inscrites dans la loi
Deixonne et les textes d'application.
Le
mouvement s'est précipité avec la circulaire 82-261 du 21
juin 1982 après consultation par le ministère de I'Éducation
Nationale de tous les partenaires qui ont désiré participer
à la réflexion.
Ce
texte a jeté les bases de l'action pédagogique dans les différents
cycles de formation, mais il a surtout énuméré les
trois principes qui fondent l'action de l'État dans l'enseignement
des langues régionales.
1.
L'État s'engage dans l'organisation des enseignements de langues
et cultures régionales (c'est la première fois que l'expression
est utilisée dans un texte officiel).
2.
L'enseignement des langues et cultures régionales bénéfice
d'un statut dans l'Éducation Nationale.
3.
L'enseignement est basé sur le volontariat des élèves
et des enseignants, dans le respect de la cohérence du service public.
Au
plan pédagogique, la circulaire d'Alain Savary définit, cycle
après cycle, les modalités d'enseignement des langues et
cultures régionales et les Formations qui seront assurées
aux enseignants des écoles, des collèges et lycées.
Par
ailleurs, des moyens pédagogiques spécifiques sont envisagés
pour doter les enseignants de matériels propices à l'exercice
de leurs fonctions. A cet égard, on peut noter que cette circulaire
appelle clairement à la collaboration entre les collectivités
locales et les organismes ayant en charge la documentation pédagogique.
Ces
dispositions ont trouvé, avec quelques difficultés il est
vrai, leur application dans plusieurs régions.
Avec
la circulaire nƒ 83-547 du 30 décembre 1983 les finalités
de l'enseignement des langues régionales sont développées
dans un cadre très large englobant toutes les disciplines de l'École
et prenant en compte la dimension culturelle et affective de l'élève.
Ce
texte pose le principe de l'enseignement bilingue (français - langue
régionale) et autorise des expérimentations qui seront mises
à profit pour développer de nouvelles modalités d'apprentissage
des langues.
Cette
circulaire intervient après la promulgation de la loi de décentralisation
du 22 juillet 1983 qui confère aux collectivités locales
de nouvelles compétences et notamment celles d'organiser des activités
culturelles complémentaires des activités scolaire .
Un
dispositif est engagé et se développe avec le souci de mettre
en place les conditions d'un enseignement améliore. La loi du 10
juillet 1989 dispose que la formation assurée dans les écoles,
collèges, lycées et les établissements d'enseignement
supérieur, "peut comprendre un enseignement, à tous les niveaux
de langues et cultures régionales ". Dans cet esprit, le concours
du C.A.P.E.S. est progressivement ouvert dans les diverses langues concernées
permettant que se crée un potentiel d'enseignants permanents des
collèges et des lycées.
Le
dernier texte en date, la circulaire n° 95-086 du 7 avril 1995 sur
l'enseignement des langues et cultures régionales, est fondé
sur les mêmes principes : " réaffirmer l'engagement de l'État
en faveur de cet enseignement ", le volontariat des familles et des élèves,
le partenariat avec les collectivités locales et la mise en place
de réseaux académiques.
En
quinze ans, le paysage de la formation en cultures et langues régionales
s'est organisé avec la mise en place de dispositions pédagogiques,
le recrutement de personnels, l'organisation de documentations pédagogiques
appropriées, la création de liens entre les collectivités
territoriales et l'état pour favoriser cet enseignement.
B
) Les résultats de cette politique
L'enseignement
des langues (ou dans ces langues) et cultures régionales est diffusé
dans trois réseaux scolaires :
*
le réseau public (écoles, collèges, lycées
et universités)
*
le réseau des établissements d'enseignement privé
sous contrat d'association
*
le réseau des écoles, collèges et lycées privés
organisés sous forme d'associations culturelles.
Les
deux premiers réseaux (public et privé sous contrat) organisent
l'enseignement selon des modalités pratiquement identiques. le réseau
des écoles associatives a mis au point des modalités particulières
d'enseignement.
- L'enseignement
dans le réseau public ou dans le réseau des établissements
sous contrat.
Chaque
niveau d'enseignement est concerné
L'école
primaire regroupe les écoles maternelles et élémentaires.
Dans la continuité des textes précédents, la circulaire
de 1995 rappelle que peuvent être mises en oeuvre deux formes d'enseignement
: une initiation aux langues et cultures régionales et un apprentissage
fondé sur le bilinguisme. L'Inspecteur d'Académie doit s'assurer
de la cohérence entre programmes nationaux et programmes en langues
régionales. Le bilinguisme commence dès le cycle 1 et se
poursuit à l'école élémentaire (autre cohérence
à assurer). La langue régionale y est la langue enseignée
et la langue d'enseignement dans plusieurs domaines. En toute hypothèse,
ce système fonctionne selon une parité horaire et une répartition
équilibrée dans la journée et dans la semaine.
*
A l'école maternelle : l'initiation a lieu à raison de 1
à 3 heure(s) par semaine au cours d'activités d'apprentissage
de la vie sociale, d'éveil artistique, d'éducation physique.
Ce sont en priorité des maîtres de l'école publique
qui doivent intervenir, mais à deux conditions : ils doivent être
volontaires et formés à cet enseignement. L'enseignement
bilingue peut être organisé lorsque la demande des parents
aura été reconnue et quand existent des maîtres volontaires
et formés pour l'assurer.
* A
l'école élémentaire, l'horaire de français
est intégralement maintenu et la langue régionale est la
langue d'enseignement dans tout ou partie des autres disciplines. Pour
parvenir à la création de divisions d'effectifs suffisants,
on regroupe pour l'enseignement les enfants d'un même niveau voire
ceux d'une même école. Un Inspecteur de l'éducation
Nationale coordonnateur doit être désigné auprès
de chaque Inspecteur d'Académie d'un département où
figure l'enseignement de la langue régionale.
* Au
collège, plusieurs possibilités d'apprentissage sont ouvertes
aux élèves volontaires :
* une
sensibilisation d'une heure hebdomadaire (facultative) de la 6eme à
la 3eme,
* une
option langue et culture régionale (obligatoire ou facultative)
de 3 heures hebdomadaires,
* l'enseignement
bi-langues (plutôt que bilingue), avec pour les élèves
de ces sections, la possibilité de composer en langue régionale
aux épreuves d'histoire géographie du brevet.
* Au
lycée les langues régionales peuvent être choisies
en option (facultative ou obligatoire) les élèves de première
et terminales générales peuvent choisir la langue régionale
ou langue vivante 2 ou 3, ceux des sections technologiques peuvent la choisir
en L.V.2, et enfin, ceux des baccalauréats professionnels ou de
certains C.A.P. ou B.E.P. peuvent choisir de passer des épreuves
facultatives de langue régionale.
Les
textes existants ne sont cependant pas appliqués comme il le faudrait
: les plans prévus par la circulaire de 1995 n'ont pas partout été
préparés ; dans les régions concernées de nombreux
établissements ne proposent aucune forme d'enseignement en langue
régionale. L'objectif de "préservation d'un élément
essentiel du patrimoine national " et de transmission des langues et cultures
régionales " est donc loin d'être assuré.
En
1996-1997, près de 100 000 élèves ont suivi un enseignement
de langue régionale à l'école, toutes formes confondues,
dans les établissements publics et privés sous contrat. En
outre, 80 000 élèves apprennent l'allemand comme langue régionale
dans les départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle.
Sur le total d'élèves apprenant une langue régionale,
5,3 % le font dans une classe bilingue.
Pour
la même année scolaire, près de 155 000 élèves
ont suivi un enseignement de langue régionale au collège
et au lycée. 75 % de cet effectif concerne les deux départements
de l'Alsace et la Moselle. Tous niveaux d'enseignement réunis, le
total des élèves concernés pour l'année 1996-1997
s'élève à 335 000. Le total des élèves
scolarisés cette année-là; était de 12 millions.
*
A l'université, les trois cycles de l'enseignement supérieur
sont concernés. Des formations allant du 1er au 3eme cycle sont
ouvertes dans les établissements ou certains d'entre eux installés
dans les académies où sont parlées des langues régionales.
Dans la liste des diplômes délivrés en 1995 par les
universités en France métropolitaine, on relève dans
les seuls intitulés comportant le nom d'une langue régionale
78 D.E.U.G., 78 licences et 17 maîtrises. A cela, il faut ajouter
les diplômes pour les langues mélanésiennes et polynésiennes
(4 et 5 licences en 1995).
Les
Instituts Universitaires de Formation des Maîtres ont ouvert aux
étudiants la possibilité de se former à l'enseignement
des langues régionales : à Rennes pour le breton, à
Corte pour le corse, à Montpellier et Toulouse pour l'occitan-langue
d'oc, à Bordeaux pour le basque. Les langues régionales ont
le statut de langue vivante dans les épreuves du concours de professeur
des écoles.
Enfin,
les centres régionaux et départementaux de documentation
pédagogique s'attachent à la création d'outils pédagogiques
ajustés aux niveaux de l'enseignement. A titre d'exemple, pour la
Bretagne, le contrat de plan Etat-Région a permis la création
d'une maison d'édition (TES) dont l'objectif est d'élaborer
et de diffuser des documents en langue bretonne avec différents
supports (manuels scolaires, cassettes, C.D.Rom). Toujours dans cette région,
c'est le C.D.D.P. du Finistère qui a édité un document
intitulé "pour un patrimoine culturel commun " consacré à
l'histoire de la Bretagne et destiné aux maîtres du cycle
3 de l'école primaire.
-
L'enseignement dans les écoles associatives
L'enseignement
assuré par les écoles associatives est original car fondé
sur des méthodes dites "d'immersion totale " dans la langue régionale
: les élèves, dès les classes maternelles, pratiquent
uniquement la langue régionale, puis progressivement utilisent le
français comme langue d'enseignement à côté
de celle-ci et, dans certaines écoles (Diwan, Calandretas) donnent
une formation en anglais. Les élèves sont donc non seulement
bilingues mais parfois trilingues à l'issue de leurs études
élémentaires.
La
formation des maîtres des écoles associatives est assurée
par un centre de formation pédagogique privé financé
notamment par une subvention forfaitaire assurée par le ministère
de l'Éducation Nationale, de la Recherche et de la Technologie en
application d'une convention du 28 juillet 1997. Ce centre de formation
pédagogique dénommé Institut supérieur des
langues de la République française dont le siège social
est à Montpellier avait été prévu par un arrêté
du 21 septembre 1992 modifié.
L'institut
a pour mission de préparer au concours de professeurs des écoles
les maîtres des écoles associatives ayant conclu avec l'état
des contrats relevant de la loi du 31 décembre 1959 modifiée
(loi Debré). Des centres de formation pédagogique existent
dans chaque région et préparent les futurs maîtres
à la fonction d'enseignant.
Ces
associations ont des points communs : leur statut, leur pédagogie
de l'immersion, leurs rapports avec l'état consignés dans
des protocoles, leur formation des maîtres. Elles scolarisent aujourd'hui
5 000 élèves. Il est remarquable de constater que les productions
pédagogiques élaborées au niveau des départements
ou des régions ont souvent été le fait d'associations
d'enseignants des différents réseaux désireux de mettre
à la disposition des élèves et de leurs collègues
des documents attrayants, actualisés et très ouverts sui
la vie régionale (histoire, culture, économie, vie associative
etc.). 
IV
- CULTURE ET MÉDIAS : CONSTATS
Le
principe c'est la liberté, de création, d'expression, de
diffusion. Dans le respect de la loi qui condamne racisme, xénophobie,
antisémitisme.
La
référence, c'est la Déclaration des droits de l'Homme
et du citoyen du 26 août 1789, dans son article XI :
" La
libre communication des pensées et des opinions est un des droits
les plus précieux de l'homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire,
imprimer librement ; sauf à répondre de l'abus de cette liberté
dans les cas déterminés par la loi ".
Ce
principe se traduit par une application simple : aucune censure préalable,
aucune sanction a posteriori sauf les cas prévus par la loi. A plus
forte raison, le mode d'expression est libre, et notamment l'usage de la
langue. Parce que cette expression s'exerce librement, elle ne peut subir
ni entraves, ni contraintes.
Dans
les régions de France, écrivains, musiciens, artistes, chercheurs,...
ont toujours produit des œuvres et rayonné pour certains dans tout
le pays et au-delà.
Beaucoup
de remarques m'ont été faites sur le manque de moyens accordés
par les pouvoirs publics pour faire vivre cette liberté. Pourtant
depuis le début des années 80, le Ministère de la
Culture a insufflé de considérables encouragements à
toute la diversité culturelle du pays.
Aujourd'hui,
il y a un véritable regain de succès populaire pour toutes
les expressions culturelles. C'est vrai en Alsace pour les spectacles vivants,
en Corse pour le chant polyphonique, en Pays Basque pour les "muxikos",
danses collectives sur les places publiques. C'est vrai du théâtre
de langue occitane ou de la musique, de la danse, de l'édition en
Bretagne. Des milliers de jeunes se retrouvent autour d'expressions musicales
qui ont su générer des formes culturelles plus contemporaines,
inspirées notamment du rock. Partout des livres pour enfants sont
édités à des fins pédagogiques et ludiques.
Des
structures existent qui rassemblent, encouragent, valorisent ces expressions
culturelles. Elles ne sont pas identiques d'une région à
l'autre.
*
La Corse a un statut particulier.
* Pour
le Pays Basque ont été mis en place l'Institut culturel basque
et l'Académie de langue basque, seul exemple en France.
-
L'Institut culturel basque est un organisme créé par le ministère
de la culture et cofinancé par l'état. Il rassemble des associations
et les 145 communes du Pays Basque regroupées au sein d'un syndicat
intercommunal de soutien à la culture basque.
-
L'Académie de la langue basque est reconnue en Espagne par un décret
royal du 26.02.76 et dans la Communauté Autonome Basque par le statut
d'autonomie du 18.12-78. En France, c'est un établissement reconnu
d'utilité publique par le décret du 20.02.95.
Les
travaux de l'Académie ont trait à la lexicographie, à
la grammaire, à la dialectologie, à la littérature.
Les deux grands projets en cours concernent d'une part l'élaboration
d'un dictionnaire général basque et d'autre part un atlas
linguistique.
*
Il existe un Institut d'Études Occitanes, association nationale
déclarée d'utilité publique.
* En
Bretagne ont été institués un Conseil culturel et
un Institut culturel.
-
Le Conseil culturel de Bretagne a été créé
en 1978 par la charte culturelle de Bretagne "octroyée " en 1977.
Son préambule se voulait "un acte de reconnaissance de la personnalité
culturelle de la Bretagne " et prenait "l'engagement d'en garantir le libre
épanouissement ". Composé de représentants des collectivités
locales, le conseil est vraiment l'organe du mouvement culturel breton.
- L'Institut
culturel de Bretagne a été créé en 1981 par
le Conseil Régional, avec la participation du Conseil Général
de Loire Atlantique. Il a pour objet de soutenir le développement
et la diffusion de la culture bretonne. Il est composé de 16 sections
recouvrant les différents domaines, des sports et jeux à
l'anthropologie médicale en passant par la littérature écrite
et la religion. Il dispose d'un service de la langue bretonne utilisé
comme service d'aide aux collectivités locales.
*
En Alsace, il existe une Agence culturelle d'Alsace.
Ces
exemples ne sont pas un recensement exhaustif de tout ce qui existe. Ils
montrent la vitalité de ce qui se fait.
**
Radios
et télévision de service public ont déjà leur
place dans la diffusion des diverses expressions culturelles.
*
Dans son cahier des charges, à son article 6, Radio-France doit
"veiller à la contribution des langues et cultures régionales
". Ses radios locales décentralisées ont vocation à
s'ancrer sur leurs territoires d'audience, à jouer la carte de la
proximité et à faire de la vie culturelle un atout majeur
de leur rayonnement.
Elles
le font selon différentes méthodes : soit en mélangeant
en permanence les deux langues comme en Corse ; soit en alternant les deux
langues, les émissions en langue régionale étant arrêtées
à des heures régulières, comme en Bretagne ou au Pays
Basque ; soit en juxtaposant les radios, l'une étant réservée
à une langue, donc à une fréquence comme en Alsace
(en accord avec Radio Bleue).
*
De son côté, France 3, dans son cahier des charges, par son
article 16, a vocation à faire vivre les langues et cultures régionales.
Elle a apporté des solutions différentes selon les régions,
selon le niveau de pratique de la langue et des traditions culturelles.
Des
difficultés autres que budgétaires peuvent apparaître.
C'est le cas pour les régions et départements concernés
par l'occitan. Le territoire est très vaste ; les populations concernées
par la langue sont diversement réparties et concentrées.
Cette situation ne facilite pas la réponse à la demande.
Et dans tous les cas, il faut des journalistes et des animateurs bilingues
bien formés pour préparer et mener des émissions.
**
Enfin,
plusieurs sites Internet ont été ouverts ces dernières
années pour le breton, le basque, l'occitan,...
****
La
République, la Nation, ne peuvent que s'enrichir de cette diversité
culturelle. Anne-Marie Thiesse l'affirme en introduction à son livre
"ils apprenaient la France " fruit de ses travaux de recherche sur la IIIeme
République :
" Contrairement
à une opinion fort répandue sur cette période, la
célébration de l'identité française ne s'est
pas effectuée par une dénégation des identités
locales, tout au contraire... L'école primaire républicaine,
qui a parfois été dépeinte comme le théâtre
d'un combat sans merci mené par des jacobins acharnés contre
les cultures régionales, a tout au contraire cultivé le sentiment
d'appartenance locale comme propédeutique indispensable au sentiment
d'appartenance nationale ".
Sans
multiplier les exemples, mais pour illustrer cette thèse et décrisper
cette tension ou incompréhension franco-française, voici
un extrait de la circulaire adressée en 1911 par le Ministre de
l'instruction publique, Maurice Faure, aux Recteurs d'Académie pour
les inciter à faire enseigner l'histoire et la géographie
:
"
C'est un fait malheureusement trop certain que la plupart des élèves
et un trop grand nombre de français ignorent presque entièrement
tout ce qui a trait à la géographie et à l'histoire
de la commune, du département où ils sont nés et de
l'ancienne province dont ce département faisait partie avant la
Révolution. Il y aurait cependant le plus sérieux avantage
à ce que tous connussent bien la physionomie particulière
de la terre natale, ses ressources, les coutumes et les meurs de ses habitants,
leurs traditions, contes, proverbes, légendes, le rôle qu'elle
a joué dans le passé, les citoyens éminents qu'elle
a enfantés. (...)
On
est d'autant plus attaché à son pays qu'on a de plus nombreuses
raisons de l'aimer, de s'y sentir en quelque sorte solidaire des générations
disparues, et l'amour du sol natal, comme je le disais à la Chambre
des Députés, est le plus solide fondement de l'amour de la
patrie ".
A l'époque,
on parle de la petite patrie, sorte de premier amour avant celui de la
grande patrie. L'une n'est pas l'adversaire de l'autre. Là encore,
il faut revenir aux sources de la tradition républicaine avec ce
double enseignement :
*
Toute culture est ouverte. La limiter à ceux qui maîtrisent
sa langue d'expression serait en réduire la portée. C'est
bien de connaître la langue. C'est utile si on veut entrer plus intimement
dans la connaissance d'une région. La connaissance des noms de lieux
et de personnes est déjà une première approche. Ce
n'est cependant pas une condition pour approcher les expressions culturelles.
La littérature bretonne, comme la littérature russe ou anglaise,
peut être connue grâce à de bons traducteurs en langue
française. C'est vrai aussi pour la culture française. Elle
s'approche dans les autres langues. Quand un film ou un livre en langue
française est doublé ou traduit dans une autre langue, c'est
toute notre culture qui rayonne. Toute autre approche exclurait, rejetterait
ceux qui, venant d'ailleurs, choisissent de vivre dans telle région.
Il n'y a pas plus de bretons, de catalans, de corses "de souche ". Le droit
du sang ne doit pas plus exister dans nos régions que dans la Nation.
Ou alors, la culture devient ethnique. Une culture régionale se
construit aussi par apport des autres, par brassage, par mélange.
Au XXIeme siècle se posera toujours la question "d˜où je
viens ? ", mais aussi celle qui l'accompagne : " Où je veux être
? ". De la rencontre entre l'origine et la volonté, le hasard et
le choix, doivent naître des oeuvres fécondes appelées
à l'universalité. En même temps, nous ne pouvons pas
nous contenter d'un universalisme abstrait. Les groupes humains sont vivants,
installés quelque part, parlant une ou plusieurs langues, ayant
une histoire et des repères pour vivre ensemble. Oublier cela, c'est
amputer chacun d'entre nous.
* Toute
culture est vivante. Elle ne peut rester figée sur telle ou telle
période de l'histoire. Elle doit faire connaître le passé,
elle ne peut pas rester fixée sur lui. Le patrimoine, les traditions
populaires, le travail muséographique sont des pans essentiels de
l'expression culturelle. Mais une part importante doit être réservée
à la création contemporaine, par les hommes et les femmes
d'aujourd'hui, qu'ils s'expriment en langue française, en leur langue
régionale ou dans les deux. 
V
- LES PRINCIPES QUI GUIDENT LES PROPOSITIONS
Il
n'y a pas de propositions qui ne s'appuient sur des principes, des valeurs,
des convictions. Les choses sont simples dès lors que celles-ci
sont fermes et assurées. Elles doivent aussi être dites clairement
pour lever toute ambiguïté sur l'objectif poursuivi et éviter
toute déception future. Il ne faut pas laisser espérer ce
qu'il est difficile d'atteindre. Finalement il s'agit d'appliquer à
ce sujet la maxime du gouvernement :
"Dire
ce que l'on fait, faire ce que l'on dit ".
Principe
n°1 : Les droits de l'enfant et de l'élève sont
la priorité. L'éducation est bien sur de la responsabilité
des parents. L'avenir et l'intérêt des jeunes doivent rester
au centre des décisions. L'état et la société
doivent penser en priorité à leurs besoins, à leur
épanouissement futur, à leur formation professionnelle, pour
eux qui auront 20 ans en 2020. Dans le futur Code de l'éducation,
le livre premier sur les principes généraux précise
: " Le service public de l'éducation est connu et organisé
en fonction des élèves et des étudiants".
Principe
n°2 : La langue française est la langue officielle.
Notre
histoire a conduit le français à devenir notre langue officielle.
C'est aujourd'hui un fait acquis. Il ne peut Être demandé
à l'état d'aujourd'hui de construire une politique pour les
langues et cultures régionales basée sur la notion de réparation
historique, même si une nouvelle orientation de sa politique est
nécessaire.
Principe
n°3 : La République française reconnaît
les langues et cultures régionales sur son territoire.
La
République française doit reconnaître qu'il existe
sur son territoire des langues et cultures régionales auxquelles
elle confère des droits par la loi ou le règlement. Celles-ci
ne portent pas atteinte à l'identité nationale. Elles l'enrichissent
dès lors qu'elles sont elles-mêmes cultures d'ouverture et
non de repli, d'accueil et non d'exclusion.
Principe
n°4 : La politique en matière de langues et cultures
régionales doit s'inscrire davantage dans le cadre de la décentralisation.
Le
cadre général est fix par l'état, notamment en matière
de carte et de programmes scolaires. Mais les initiatives prises actuellement
par les diverses collectivités territoriales dans ce domaine mériteraient
d'être situées dans une perspective d'extension de leurs compétences.
Principe
n°5 : L'école républicaine est une école
d'intégration.
L'école
doit garder son rôle d'intégration de tous les enfants vivant
sur le territoire de la République. C'est pour cela qu'elle est
publique, gratuite et laïque, même là charte européenne
des langues régionales ou minoritaires précise lui-même
pour l'article 8 de la partie III : "Créé des ghettos
linguistiques irait à l'encontre des principes de l'interculturel
et du plurilinguisme soulignés au préambule et nuirait aux
intérêts des populations concernées ". Les langues
régionales sont aussi à considérer comme des facteurs
d'intégration.
Principe
n°6 : Apprendre une langue régionale est un acte volontaire.
Cette faculté doit être ouverte à tous.
Elle
relève de la liberté de choix des parents ou des élèves
dès que ceux-ci sont en âge de décider eux-mêmes.
L'obligation doit être exclue des textes législatifs ou réglementaires.
L'information doit être faite auprès des élèves
et de leurs parents dans chaque établissement.
Principe
n°7 : Apprendre plusieurs langues est une richesse.
Au
XXIeme siècle, chaque personne devra si possible connaître
plusieurs langues : pour nous le français d'abord, une langue étrangère
et pas seulement l'anglais, une langue régionale facultative. Le
bilinguisme est une richesse. Il faut déjà parler de plurilinguisme
dès lors qu'une langue régionale vient s'ajouter. Et cette
dernière, comme les autres, contribue au développement de
l'intelligence des personnes. L'article L 121-2 du futur Code de l'Éducation
dit ceci : " La maîtrise de la langue française et la connaissance
de deux autres langues font partie des objectifs fondamentaux de l'enseignement
".
Principe
n°8 : Le même niveau de langue française doit être
atteint par tous les élèves.
Tout
élève doit avoir la même connaissance et le même
niveau de langue française à la fin de sa scolarité
obligatoire. Aucun enseignement de toute autre langue, quelle que soit
la méthode pédagogique retenue, ne peut porter atteinte à
cet objectif,
Principe
n°9 : L'État s'engage à assurer la continuité
d'apprentissage d'une langue régionale.
Tout
apprentissage commencé d'une langue régionale doit pouvoir
être poursuivi quel que soit le moment où il est entrepris.
Il ne peut y avoir ni impasse pédagogique ni impasse linguistique.
Ce principe de continuité rejoint le principe de responsabilité
de la puissance publique. Il peut s'appliquer par l'enseignement par correspondance.
Principe
n°10 : L'État reconnaît le pluralisme des méthodes
pédagogiques.
L'État
doit accepter le pluralisme des méthodes pédagogiques en
matière de langues régionales : le bilinguisme et l'immersion.
Chaque méthode s'accompagne de l'évaluation nécessaire
par l'Éducation Nationale.
VI
- LES PROPOSITIONS EN APPLICATION DES PRINCIPES
A)
Le cadre institutionnel
Il
est nécessaire de mettre en place auprès de l'État
et dans les régions les structures de consultation et de propositions.
Leurs membres seront à la fois conseillers et interlocuteurs.
*
Le Conseil national des langues et cultures régionales de France
est reconnu comme l'instance consultative placée auprès du
Premier Ministre pour lui formuler avis et propositions et dresser les
bilans. Celui-ci existe depuis le décret du 23 septembre 1985, est
présidé par le Premier Ministre mais ne s'est réuni
que trois fois depuis cette date. Sa composition doit refléter l'éventail
des langues et cultures régionales de toute la France. L'obligation
qu'il se réunisse deux fois par an et de remettre un rapport annuel
au Premier Ministre doit être instituée. Ses membres seraient
désignés pour moitié par le gouvernement qui nomme
le président ; l'autre moitié par les conseils régionaux
concernés. Le Conseil serait renouvelé tous les quatre ans.
Il serait doté d'un secrétariat général qui
lui soit propre. Il pourrait se doter d'observatoires avec le concours
d'universitaires et de chercheurs.
L'article
2 du décret instituant ce Conseil en avait précisé
les missions " Étudier dans le cadre des grandes orientations
définies par le Président de la République et le Gouvernement,
les questions relatives au soutien et à la promotion des langues
et cultures régionales dont il a été saisi par le
Premier Ministre. Il est consulté sur la définition de la
politique menée par les différents départements ministériels
dans le domaine des langues et cultures régionales ".
Faire
fonctionner un tel Conseil est une question de volonté et de moyens.
Faire
vivre sans échange les différents conseils en matière
linguistique est aujourd'hui insatisfaisant. Il existe en effet, le Conseil
supérieur de la langue française. Son président ou
vice-président pourrait être membre de droit du Conseil national
des langues et cultures régionales de France et inversement. Un
meilleur dialogue, une meilleure compréhension, un meilleur soutien
réciproque s'instaureraient à l'avantage de tous.
*
La Région serait la collectivité reconnue compétente
en matière de langues et cultures.
-
Dans l'hypothèse d'une Étape nouvelle vers la décentralisation,
ce projet de loi inscrirait cette compétence. Il n'interdirait pas
l'intervention des autres niveaux de collectivités territoriales.
-
L'État inscrira l'objectif "langues et cultures régionales
" dans le prochain contrat de plan avec les Régions.
-
Chaque région concernée disposera auprès d'elle d'une
instance consultative et de propositions pour tout ce qui touche aux langues
et cultures régionales. Le Recteur d'Académie et le Directeur
Régional des Affaires Culturelles y seront représentés.
-
Dès lors qu'une langue recoupe plusieurs collectivités régionales,
une conférence inter-régionale est instituée.
-
Une autre hypothèse consisterait à créer une section
"langues et cultures régionales " au sein de chaque conseil économique
et social.
B
) Enseignement Public
Le
rôle de l'Éducation Nationale dans l'enseignement bilingue
doit être affirmé. Il revient au Ministère de l'Éducation
Nationale de l'organiser en application au moins des textes déjà
existants et de lui donner les moyens budgétaires, humains et matériels
pour fonctionner. Programmes et diplômes restent fixés par
l'État. Quelques questions-clefs attendent une réponse.
*
Comment mesurer et satisfaire la demande des familles ?
D'ores
et déjà, il est possible de s'inspirer du volet "politique
linguistique " de la convention de développement du Pays Basque
(5). Il dit ceci :
La
politique proposée par l'état vise à répondre
à la demande d'enseignement du basque et en basque. Cette demande
doit cependant obéir à des critères admis par tous
: engagement écrit des parents, engagement des municipalités
pour les locaux, engagement du conseil des maîtres et du conseil
d'école. L'inspection académique recevra les moyens d'apporter
une réponse systématique et volontaire de l'état à
la demande sociale effectivement constatée. "
La
traduction concrète peut s'envisager de la façon suivante
*
Une cellule de coordination sera instaurée au Ministère de
l'Éducation Nationale entre les deux directions de l'administration
centrale gestionnaires de moyens. Elle serait un observatoire de l'enseignement
des langues régionales et assurerait un rôle de propositions
pour leur développement coordonné et harmonieux. Aujourd'hui,
il n'existe pas de vision d'ensemble et l'administration réagit
plus au gré des circonstances et des pressions.
*
Les postes seront identifiés. Ce qu'il faut éviter, c'est
le sentiment que les postes de classe bilingue se créent au détriment
des autres. Un contingent spécifique peut donc être créé
même s'il a vocation à s'intégrer progressivement dans
le contingent normal. Il est en effet très mal accepté que
l'ouverture d'une classe bilingue provoque la fermeture d'une autre classe
dans la même commune.
*
Les postes seront attribués soit par l'administration centrale soit
par les autorités académiques. Chaque formule a ses avantages
et ses inconvénients. Il appartiendra au Ministère de l'Éducation
Nationale de faire le choix le plus pertinent.
*
Un seuil d'ouverture de classe bilingue sera fixé pour chaque département.
Cette nécessité d'un seuil d'ouverture concerne les trois
secteurs d'enseignement : public, confessionnel sous contrat, associatif
sous contrat.
*
Comment assurer la continuité de la filière ?
Dans
les académies concernées, chaque recteur recevrait une lettre
de mission pour éviter que cette continuité soit mise en
cause par le mouvement des cadres du ministère. Ces académies
élaboreraient une carte prévoyant la continuité de
l'enseignement bilingue. Une réglementation nationale en fixerait
le cadre.
Chaque
département proposerait au recteur une liste de collèges
où se poursuivrait l'enseignement bilingue. Dans tous les cas, cet
enseignement ne saurait limiter l'apprentissage d'une langue vivante étrangère.
La filière bilingue devient alors une filière trilingue.
Chaque
rectorat ferait la même démarche pour les lycées et
prévoirait une carte des options.
Cette
continuité serait organisée de façon concertée
avec les trois niveaux de collectivités territoriales selon le niveau
de compétence de chacune.
L'enseignement
par correspondance et le télé-enseignement peuvent aussi
contribuer à assurer cette continuité.
*
Comment disposer de maîtres bien formés ?
Il
est essentiel de mettre en place une gestion prévisionnelle des
emplois à ce niveau. Toute grande entreprise, toute collectivité
territoriale d'importance utilise cette méthode. L'État doit
faire la même chose.
Pour
le premier degré, il est important d'augmenter la part et la place
des langues et cultures régionales pour le recrutement des maîtres.
Pour
le second degré, il existe déjà des C.A.P.E.S. ; d'autres
peuvent être créés et pourquoi pas envisager des agrégations
?
L'État
doit faire les efforts nécessaires pour disposer de maîtres
qualifiés en nombre suffisant. Sinon il ne pourra pas faire face
à la demande ; il sera soupçonné d'organiser cette
carence ; pour se laver de ce soupçon, il recrutera quelques maîtres
auxiliaires. Tant qu'à faire les choses, autant les faire bien !
*
Comment aider cet enseignement ?
Beaucoup
de choses se font déjà. Les outils existent et il est possible
de S'appuyer sur eux : C.R.D.P. et C.D.D.P. pour la documentation ; I.N.R.P.
pour la recherche ; corps d'inspection et conseillers pédagogiques
pour le contrôle et l'évaluation. Dans chaque académie
un Inspecteur Pédagogique Régional ou un Inspecteur de l'Éducation
Nationale prendrait en charge ce secteur en s'adaptant aux modalités
spécifiques que requièrent ces langues.
Il
n'y aura pas de filière bilingue solide si le ministère ne
dispose pas d'un personnel d'encadrement qualifié.
Enfin,
les coopérations avec les collectivités territoriales et
notamment la région seront contractualisées et des objectifs
clairement définis pour cette aide à l'enseignement production,
édition de documents écrits et audiovisuels, raccordements
aux réseaux.
Il
est urgent de sortir d'une politique en dents de scie. A titre d'exemple,
la circulaire ministérielle sur l'enseignement des langues vivantes
dans le premier degré émanant de la Direction de l'enseignement
scolaire pour la prochaine rentrée se tait sur les langues régionales.
Pourtant, à ce niveau, la plus large expérience bilingue
se fait avec la langue régionale. Régularité, continuité
sont très attendues.
Enfin,
comme la loi le prévoit, l'enseignement privé sous contrat
verrait son association à la mission de service public inspirée
de l'esprit et de la lettre de l'enseignement public bilingue.
C
) Enseignement associatif
Les
Écoles de cet enseignement sont issues du mouvement associatif et
des parents d'élèves elles proposent un enseignement entièrement
en langue régionale en maternelle, au départ de la scolarité
primaire (immersion totale) et introduisent progressivement le français.
Le bilinguisme doit être acquis à la fin du primaire. Cette
pédagogie se poursuit dans des collèges et lycées.
Elles
s'appellent Diwan en breton, Ikastola en basque, Calandreta en occitan,
Bressola en catalan, ABCM Zweispr’chigkeit en alsacien.
Leur
statut privé a été défini par le ministère
de l'Éducation Nationale, en 1994. Il correspond au contrat d'association,
comme pour les écoles confessionnelles.
Ces
écoles sont nées de la carence de l'enseignement public qui
n'a pas su ou voulu prendre en compte la demande de familles souhaitant
que leurs enfants apprennent leur langue maternelle ou celle de leurs grands-parents.
A travers cette demande, elles exprimaient l'espoir que ne disparaisse
pas une langue à laquelle elles tenaient.
Aujourd'hui,
on constate que les locuteurs qui ont reçu leur langue régionale
de façon "maternelle " diminuent (6). En même
temps, celles et ceux qui décident d'apprendre telle ou telle langue
sont de plus en plus nombreux. Même s'il ne s'agit pas des mêmes
nombres, les deux courbes se croisent et il y aurait grand tort à
sous-estimer cette évolution.
Ces
écoles associatives connaissent souvent de lourdes difficultés,
notamment financières, en matière d'investissement et de
fonctionnement. Elles sont privées par leur statut, associées
à l'État par leur contrat, laïques par leur caractère,
spécifiques par la méthode pédagogique employée,
"militantes" dans le sens où parents et enseignants s'engagent
beaucoup dans toute la vie de l'école.
Elles
réclament un statut particulier qui garantirait les principes pédagogiques
d'immersion et assurerait la pérennité des établissements.
Plus
généralement, elles ont besoin de stabilité et de
sécurité pour le travail scolaire comme pour les personnels.
A juste
titre, elles font remarquer que la loi Debré de 1959 se situe dans
l'histoire des rapports entre l'Église et l'État, l'école
catholique et le ministère de l'Éducation Nationale. Ces
écoles privées catholiques disposaient alors de leurs locaux,
leur implantation était dans certaines régions importante
et ancienne. Les écoles associatives ont commencé dans les
années 70 à partir d'une nouvelle demande de familles. Elles
font remarquer que, pour elles, attendre 5 ans avant de passer un contrat
devient un réel problème et que financer les investissements
par les usagers est impossible ou rencontre vite des limites.
Cependant,
modifier la loi Falloux (1850) pour l'enseignement du second degré
et la loi Goblet (1886) pour l'enseignement du premier degré ne
paraît pas le chemin approprié. Un tel choix serait un précédent
qui pourrait réveiller des querelles scolaires dont le pays doit
se dispenser. Le remède serait pire que le mal. De récents
souvenirs incitent à la prudence.
Il
reste trois hypothèses :
*
Le contrat d'association : c'est la poursuite de l'actuelle formule avec
les difficultés formulées plus haut.
* L'Établissement
d'intérêt Public, en reprenant l'idée proposée
par Alain Savary en 1982. Fondé par convention, il serait géré
de façon tripartite par l'État, une collectivité locale
et une association. Il respecte bien entendu les principes du service public
d'enseignement. L'école perdrait son statut privé ; elle
garderait son caractère laïc. Le financement des investissements
deviendrait possible.
* L'intégration
dans le secteur public. Un groupe d'étude pourrait être constitué
pour examiner cette hypothèse.
Quelle
que soit la solution retenue, une condition est nécessaire pour
que le dialogue et la confiance soient assurés : la reconnaissance
par l'état, à côté de l'initiation à
la langue et du bilinguisme organisé, de la méthode pédagogique
de l'immersion. Il doit la considérer comme un enrichissement pédagogique.
De toute façon si le "jeu " n'était pas "joué"
loyalement, d'autres écoles associatives renaîtraient.
A lui
alors d'assurer le contrôle et l'évaluation, de former les
maîtres en conséquence et de veiller au respect des programmes.
Quel
que soit le statut des écoles et les méthodes pédagogiques
utilisées, l'enseignement doit accueillir et utiliser les richesses
régionales : éducation artistique, éducation physique,
histoire, géographie, littérature, économie... L'éveil
aux cultures régionales est positif pour les élèves.
A titre d'exemple, pour la première fois en 1998, huit lycéens
ont passé l'option "lutte bretonne" dans le cadre des épreuves
facultatives du baccalauréat. Il n'y aurait aucun inconvénient
à étendre une telle pratique.
D
) Cultures et médias
Les
difficultés sont moindres dans ce domaine. Il n'y a pas les contraintes
et obligations normales que se donne le Ministère de l'Éducation
Nationale pour mettre en place la scolarité obligatoire, l'apprentissage
des langages fondamentaux, la formation professionnelle...
Le
Ministère de la Culture dispose d'une délégation générale
à la langue française. Elle pourrait être transformée
en délégation générale à la langue française
et aux langues de France. Cela marquerait la prise en compte nationale
de toutes les langues parlées en France, en dépassant même
le cadre régional de leur implantation et en montrant qu'elles sont
une richesse objective pour tous les citoyens et pour la nation.
*
Propositions pour les oeuvres écrites et la diffusion
-
Soutien par les Directions Régionales d'Action Culturelle et autres
relais ou services du Ministère de la Culture, à la production
et à la diffusion d'oeuvres écrites en langue régionale
parce que le public est plus restreint. La déconcentration de leurs
crédits facilitera le partenariat dans ce domaine.
-
Soutien à l'édition sous la forme d'achat d'ouvrages pour
dotation aux bibliothèques publiques et scolaires.
-
Soutien par le Ministère de l'Éducation Nationale à
la production et à la diffusion des livres pédagogiques,
scolaires, en partenariat avec les collectivités territoriales.
-
Aides identiques à la presse en langue régionale comme à
la presse en langue française.
-
Engagement des régions concernées pour ces aides, seules
ou en accompagnement de l'État.
*
Proposition pour la place des langues et cultures Régionales dans
les médias
-
Introduction de quotas d'émissions en langue régionale dans
les cahiers des charges des organismes |