Le retour à la prospérité
En vertu du traité de Guérande, Jean IV règne sur toute
la Bretagne. Cependant il devra se marier trois fois avant
d'avoir un fils et ainsi assurer aux Montfort la possession
de la Bretagne.
Mais Jean de Montfort a des dettes, aussi bien financières
que morales, envers l'Angleterre. Pour garder de bons
rapports avec ces proches voisins, il adopte une politique
anglophile. Il favorise ainsi un commerce florissant entre
les deux Bretagne et évite une confiscation éventuelle du
comté de Richmond.
En 1369, le traité de Brétigny entre la France et
l'Angleterre est rompu. Edouard III, débarque à la pointe
Saint-Mathieu avec l'accord de Jean IV. La réponse de
Charles V est immédiate: il fait capturer la duchesse
Jeanne, trouvant sur elle un accord secret entre Jean IV et
le roi d'Angleterre. Jean IV doit fuir en Angleterre,
conspué par une grande partie de ses sujets.
Trop pressé, Charles V commet une erreur de tactique: il
prononce la déchéance de Jean IV et annexe la Bretagne. Les
bretons oublient alors leurs dissensions et se rallient tous
à Jean IV (y compris Jeanne de Penthièvre qui n'avait pas
perdu tout espoir de régner sur la Bretagne). Le 3 Août
1379, il débarque à Saint-Servan et conclu un accord avec
Richard II, le successeur d'Edouard III. La guerre est
ouverte entre la France et la Bretagne... En 1380 Charles V
décède, son successeur négocie avec Jean IV qui recouvre
la Bretagne à condition de faire amende honorable et de
prendre quelques distances avec l'Angleterre. Il mourra 19
ans plus tard sans doute empoisonné.
Son règne apporta indépendance et prospérité à la
Bretagne. En effet, il exerçait le droit de justice et
négociait avec les autres pays au même titre qu'un roi. Il
imposa au roi de France que le duc de Bretagne ne lui fasse
plus l'hommage lige (à genoux et sans arme) mais l'hommage
simple. Enfin, il créa en 1381 l'ordre de l'Hermine,
rassemblement de chevaliers plus proche de la Maçonnerie que
des chevaliers du Moyen-âge. Cet ordre qui admettait des
femmes réunissait tous les citoyens courageux et généreux
de Bretagne.
L'apogée du Duché
Jean V, dont le règne sera le plus long de l'histoire de
la Bretagne (1399-1442), est un habile diplomate: il réussi
à rester neutre tout au long de la guerre de Cent Ans. Il ne
s'engagera qu'une seule fois en faveur de ses
"frères" Gallois révoltés contre l'Angleterre
qui prétendait réduire leur privilèges.
En 1423, il s'allie avec le duc de Bourgogne et le régent
anglais pour confisquer l'apanage des Penthièvre en raison
de leurs manigances. C'est sous son règne que furent
érigées toutes les églises et chapelles que nous pouvons
admirer en Bretagne.
Seule ombre à son règne: le tristement célèbre Gilles de
Rais. Héros de la guerre de Cent Ans et compagnon de Jeanne
d'Arc, il est connu pour ses dépenses excessives et les
meurtres horribles qu'il a commis sur des enfants. Arrêté
en 1440, il s'amende et est libéré mais il continue ses
crimes. Ayant définitivement dilapidé sa fortune, sans
alliés, il est de nouveau arrêté, il sera pendu puis
brûlé.
Son fils aîné, François Iér (1442-1450), connait quelques
problèmes avec les Anglais. Il fait arrêter son frère
Gilles de Bretagne qui meurt en prison, sans doute
assassiné. Il meurt sans enfant mâle. Son frère, Pierre
II, meurt au bout de sept ans, lui aussi sans enfant.
Arthur II ne règne qu'un an. Très proche de Louis XI
(connétable de France et ancien compagnon de Jeanne d'Arc),
il refuse la pairie pour marquer l'indépendance de la
Bretagne vis à vis du royaume de France. Il fait au roi de
France un hommage debout et l'épée au côté, il place
ainsi son duché en position de semi égalité avec la
France. Il est surnommé le Justicier car il n'aura de cesse
de trouver l'assassin de son neveu Gilles de Bretagne.
Vers la perte de l'indépendance
En 1458, François II monte sur le trône de Bretagne.
Ardant défenseur de l'indépendance, il obtient moult
privilèges. Dès 1460, il convainc le Pape Pie II de fonder
une université à Nantes, soustrayant les érudits Bretons
à une éducation trop française. Il se rapproche beaucoup
des Anglais qui, ayant perdu leurs désirs d'expansion (cf :Entre France et Angleterre),
deviennent les alliés idéaux pour résister à la France.
Inquiet de n'avoir pas encore de garçons, il se bat contre
les Etats-généraux de Bretagne pour permettre à sa fille
Anne de lui succéder. Il promet celle-ci au prince de Galles
puis à Maximilien d'Autriche.
Pendant ce temps, en France, Louis XI rachète les droits des
Penthièvre, devenant ainsi un héritier potentiel au trône
de Bretagne. A la mort de celui-ci, François II participe à
la guerre folle contre la régente Anne de Beaujeu. La France
envoie une armée en 1488, dirigée par La Trémoille. La
défaite bretonne conduit François II au désastreux traité
du Verger. Il doit promettre de ne plus utiliser de troupes
étrangères en Bretagne, d'accepter l'hommage lige, et de ne
marier ses filles qu'avec l'accord du roi de France.
Effondré, il meurt quelques mois après, le 9 septembre
1488.
Un dernier combat pour la liberté
Une des idées les plus répandues dans l'histoire
bretonne (même chez certains Bretons), c'est que la Bretagne
a perdu son indépendance à cause d'Anne de Bretagne. Rien
n'est plus faux !! Car malgré son jeune âge, Anne de
Bretagne a combattu jusqu'au bout pour éviter le
rattachement de son duché à la France et ce n'est que sous
François Iér que la Bretagne perdit son autonomie.
A 11 ans, la nouvelle duchesse décide d'épouser Maximilien
d'Autriche par procuration. Mais Charles VIII n'est pas de
cet avis et il envoie une armée qui enlève Anne de
Bretagne. Le roi déclare le mariage nul car non consommé et
épouse la duchesse en 1491. Mais Anne de Bretagne exige un
contrat de mariage très précis: si Charles VIII meurt avant
elle sans héritier, elle ne peut épouser que son
successeur; le premier à mourir abandonne ses droits au
survivant (Penthièvre pour Charles VIII, Montfort pour Anne
de Bretagne). De santé fragile, Charles VIII meurt sept ans
plus tard. Son successeur Louis XII étant déjà marié,
Anne de Bretagne reprend possession de son duché et rentre
à Nantes.
Mais Louis XII, mauvais joueur, déclare son mariage nul car
fait sous la contrainte. Il répudie sa femme et Anne de
Bretagne est obligée de l'épouser en 1499. Il envoie une
armée en Bretagne pour faire taire certains "esprits
subversifs" qui commençaient à faire remarquer que les
deux mariages de leur duchesse avaient peut-être eux aussi
été conclus sous la contrainte.
Cependant, Anne de Bretagne pose encore des conditions à ce
deuxième mariage: elle garde personnellement le titre de
duchesse de Bretagne, Louis XII doit garantir les libertés,
les institutions et les coutumes du duché. A la naissance de
sa fille Claude de France, elle lui fait accepter le mariage
de sa fille avec Charles Quint, le fils de Maximilien
d'Autriche. Mais Louis XII comprend qu'ainsi le duché va lui
échapper et rompt sa promesse, Claude de France épousera le
futur François Iér. Ecoeurée, Anne retourne en Bretagne
où elle finira ses jours le 9 janvier 1514.
Claude de France a un fils, le futur Henri II, et meurt en
1524. Le duché revient au dauphin. François Iér, qui veut
en finir avec cette situation instable, obtient la réunion
de la France et de la Bretagne le 4 août 1532 grâce à
moult prodigalités.